“En Caracas, la realidad es más delirante que la ficción”: Crítica de Les valises en Le Litteraire

Crítica de Les valises, publicada en el blog francés Le Litteraire. La novela fue editada por Métailié.

“Sirviéndose de una bella escritura, un estilo fluido, este libro es excelente”

“Juan Carlos Méndez Guédez firma una historia en la que se encuentran los componentes de la novela negra y de la crítica social…”

Serge Per­raud

VERSIÓN COMPLETA EN FRANCÉS

À Cara­cas, la réa­lité est plus déli­rante que la fiction !

En sor­tant de chez lui, Doni­zetti voit, dans une voi­ture, les corps cri­blés de balles d’une femme et d’un enfant. Très trou­blé, il reprend cepen­dant, vite ses esprits en pen­sant à la guedez-195x300valise. Doni­zetti Gar­cia tra­vaille comme jour­na­liste à l’Agence Natio­nale de presse. Il est divorcé d’Elizabeth, avec qui il a eu un fils, et rema­rié avec Veró­nica, qui a une fille. Pour payer la pen­sion ali­men­taire et faire vivre sa nou­velle famille, il fait des extras, un job que lui a fait avoir un jour­na­liste, comme lui cadre fidèle au Pro­ces­sus. Il convoie, depuis un an, à tra­vers le monde, des valises vertes selon des direc­tives très séquen­cés et assez sibyl­lines. Il doit livrer ce bagage sans le quit­ter des yeux pen­dant tout le voyage. Mais la livrai­son à Rome a failli se pas­ser très mal.

Manuel sur­vit dans le maga­sin de chaus­sures de ses parents mais rêve d’une autre vie, lui qui est un grand ama­teur de boxe. En par­tant pour Prague, la valise que trans­porte Doni­zetti est fouillée, évé­ne­ment excep­tion­nel. Il découvre, aba­sourdi, que celle-ci ne contient que des vieux vête­ments en mau­vais état. En ren­trant, il est enlevé dans son immeuble et ques­tionné bru­ta­le­ment par un major cubain, qui tra­vaille dans son Agence, pour s’assurer de sa fidé­lité et de sa droi­ture quant au gou­ver­ne­ment.
C’est après ce pas­sage à tabac, relâ­ché sous condi­tions et sans moyens, qu’il retrouve Manuel, son ami d’enfance, avec qui il renoue. Quand il découvre qu’il n’est qu’un jouet au ser­vice d’intérêts cri­mi­nels, il se révolte. Avec son ami, il concocte un plan qui devrait leur per­mettre de se libé­rer enfin de toutes leurs contraintes…

Avec Les Valises, le roman­cier décrit le quo­ti­dien qui régnait à Cara­cas sous le régime de Cha­vez (bien que ce der­nier ne soit jamais cité). Le récit se place au niveau un de la société et suit le par­cours d’un fonc­tion­naire ordi­naire confronté à une vio­lence endé­mique, à une délin­quance omni­pré­sente avec, entre autres, assas­si­nats en pleine ave­nue, enlè­ve­ments, atten­tats à la bombe et autres joyeu­se­tés de ce type géné­rées par un régime cor­rompu, noyauté par les ser­vices secrets cubains, des mafias russes…
La presse offi­cielle a pour consigne de ne pas rendre compte de trop de meurtres. Doni­zetti avait vite com­pris que : “…pour sur­vivre à Cara­cas, il était néces­saire d’oublier en cinq minutes les cinq minutes pré­cé­dentes.” Il raconte les pénu­ries dans les pro­duits de pre­mières néces­si­tés tels que œufs, fro­mages, lait, dans l’énergie et la four­ni­ture de l’eau… Il dépeint les enlè­ve­ments express et la néces­sité d’avoir, près du télé­phone, le numéro de la banque qui accorde des cré­dits spé­ciaux, même en pleine nuit, pour payer les rançons.

Pour faire vivre son intrigue, Juan Car­los Men­dez Gue­dez met en scène un duo de per­son­nages gaf­feurs, par­ti­cu­liè­re­ment atta­chants avec leurs impé­ra­tifs de sur­vie, leurs atti­tudes timo­rées mais avec l’audace des timides, l’agressivité du lion quand trop, c’est trop. Doni­zetti est rede­vable de ce pré­nom à son père qui s’est enti­ché d’un air d’opéra mais qui s’est trompé de com­po­si­teur. Venu par hasard au jour­na­lisme, il ne trouve dans ces mis­sions, pour les­quelles il a pris ces règles : “Pas de ques­tions. Pas d’analyse. Soit seule­ment un corps qui porte un mes­sage d’un point à un autre. Une pré­sence.”, que l’attrait de la prime de voyage.
Manuel, un ex-animateur de radio, homo­sexuel et ama­teur de boxe, ne sur­vit qu’en ven­dant des chaus­sures dans le maga­sin de ses parents, un maga­sin dont il est expro­prié, sans com­pen­sa­tion, par le gouvernement.

Juan Car­los Men­dez Gue­dez signe un récit où se retrouve les com­po­santes du roman noir et de la cri­tique sociale. Il fait preuve, avec les tri­bu­la­tions, avec les aven­tures inso­lites de ses deux anti­hé­ros, de beau­coup d’humour. Un humour tru­cu­lent lorsqu’il raconte des situa­tions pica­resques comme la rela­tion impro­bable de Doni­zetti et de Mar­jo­rie, un ton noir, grin­çant, lorsque montre le cynisme et l’impunité des cri­mi­nels de tous poils.
Servi par une belle écri­ture, un style fluide, ce livre se révèle excellent.

 

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